Le rebond du Lagopède dans les Cerces
📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « Cycle Evolution Lagopèdes Alpins - WE02 : Cerces »
❄️Une fois n’est pas coutume, le ciel nous apporte en ce début février plein de flocons de neige fraîche… un peu tous les jours, parfois beaucoup, presqu’à la folie. Cela fait deux semaines que le risque avalanche oscille entre le max pour les skieurs (risque 4) et avant le max (risque 3). Le lundi, soirée de préparation du week-end qui commence le mercredi. Le bulletin tombe : encore risque 4, tendance pour le jour d’après, risque 4… La météo est hésitante, nous attendons le mardi pour décider : les éclaircies prometteuses permettent d’envisager l’accès au refuge du Clot des Vaches. Et si cela ne nous plait pas sur place, ce sera toujours possible de faire demi-tour et de différer la montée en refuge au jour d’après.
🚆Mercredi, c’est donc parti pour 5 jours de raid dans les Cerces avec beaucoup d’incertitudes. Finalement, l’accès en mobilité douce en montagne s’avère être le plus simple et le plus prévisible. Notre train grenoblois nous accueille à bras ouverts. Même en semaine à 8h, il y a plein de places pour nous et nos planches. Une Lagopède accoutumée arrive d’un pas nonchalant 2 minutes avant le départ du train, sereine. A Grenoble, nous montons dans le bus qui emprunte la route directe après la réouverture du col du Lautaret (fermé la nuit à cause des chutes de neige). Nous sommes plutôt contents de ne pas visiter la Maurienne et l’Italie cette fois-ci. Le bus bascule côté est du col et nous dépose au Lauzet. Les nuages sont accrochés aux sommets, la visibilité paraît correcte. Les Lagopèdes se métamorphosent de piétons à skieurs : les espadrilles, crocs et tongues sont rangées dans le sac, les peaux sont collées sur les skis (après un raclage du ski de dernière minute pour enlever le surplus de fart de Lagopèdes zélés).
🐐La première difficulté technique est de franchir le mur de neige le long de la route, créé par le chasse-neige. Notre co-encadrant taille de belles marches pour le passage de tous…. Qui seront détruites juste après notre passage par le chasse-neige efficace, pour ne pas dire expéditif. Il aurait pu provoquer l’extinction de l’espèce en un seul coup de lame ! L’itinéraire pour monter au refuge est étudié finement par le groupe. Objectif : identifier les quelques passages qui pourraient être exposés et mettre les distances adéquates. En plein milieu d’un potentiel couloir d’avalanche, un bouquetin placide et serein nous observe passer. Tout le monde n’a pas le même état d’esprit face aux risques. Plus loin sur l’itinéraire, une dizaine de bouquetins mange tranquillement ce qui doit être comestible sous la neige. Ils sont perchés en pleine pente de neige et au milieu des falaises, là où on ne penserait pas pouvoir tenir debout. Le refuge est atteint après la traversée du ruisseau à tâtons dans la neige fraîche, avec un effet « jour blanc ». Le refuge du Clot des Vaches, tout neuf et bien spacieux, est bien accueillant.
🎿Le lendemain, le soleil et ciel bleu sont de sortie, nous aussi. La Crête de la Ponsonnière est visée avec un itinéraire bien éloigné des pentes raides. Le terrain est analysé au fur et à mesure et le choix de la trace est discuté. Au profit d’une petite montée, un exercice de conversion sans les mains est mis en application par les Lagopèdes pleins d’entrain. L’objectif d’amélioration d’équilibre et d’efficacité est rempli. A la crête, les Aiguilles d’Arves sont admirées, tout en dépeautant efficacement. A la descente, les micro-reliefs sont négociés pour skier des pentes faibles et se faire plaisir dans de la neige à l’abri du vent. Un petit bonus touristique est choisi pour tracer un peu en direction du col de Béraude. Le retour refuge est enclenché assez tôt pour profiter des derniers rayons de soleil avant la perturbation suivante. Les pentes douces sont skiées avec légèreté et sourire au-delà des oreilles. Et cela laisse le temps de faire un exercice individuel de double recherche DVA. Cette fois-ci, le manteau neigeux étant bien épais, le sondage est bien nécessaire pour trouver les 4 sacs enfouis à plus d’un mètre. L’exercice a lieu sous le vol des corbeaux qui se régalent d’un malheureux bouquetin accidenté. Ambiance. Nous ne resterons pas pour le repas des gypaètes, c’est l’heure du souper au refuge pour nous.
😁Le vendredi, après une perturbation nocturne (nouvelle couche de neige) et le vent qui doit forcir dans la journée, nous élaborons un programme d’options. Première étape : aller voir si la traversée au refuge du Chardonnet, par le col de l’Aiguillette, est envisageable. Et ensuite, traverser ou faire le grand tour touristique. Dans la combe d’accès, nous sommes relativement à l’abri du vent et la visibilité est bonne. Avec la météo annoncée, le gardien nous avait prévenu pour le passage du col et toute la crête à parcourir : « c’est faisable mais vous allez vous faire détartrer la gueule là-haut ». Un peu en dessous du col, un regroupement permet de se préparer aux conditions musclées et d'enfiler toutes les couches chaudes, masque et gros gants. Curieux de voir si la séance gratuite chez le dentiste sans rendez-vous n’était pas un leurre, nous atteignons le col. Et l’expression imagée n’est pas de trop. Après quelques minutes de cheminement sur la crête toute cornichée, menant au point culminant dans les nuages, la décision de faire demi-tour s’impose. Le raccourci pour aller au refuge est abandonné, et la grande boucle touristique est choisie.
👍L’option B est enclenchée. Au menu, une super grande descente dans la neige toute fraîche jusqu’au Lauzet. Puis, transit en stop avec objectif Névache, par Briançon. Au total, pour parcourir ces 40 km, 15 véhicules seront utilisés pour acheminer les 8 Lagopèdes avec skis en moins de 3 heures. Avec pause ravito à Briançon. Un florilège de chauffeurs est rencontré : un routier bulgare qui vit dans son camion, un livreur de confiture (les deux passagers auront le droit de visiter chaque village au passage), un aide-gardien du refuge des Drayères, des vacanciers, des locales… A noter, deux records : un Lagopède a enchaîné 5 véhicules différents et la médaille du changement express. Au cours d’un même feu rouge, deux Lagopèdes changent de voiture entre la première de la file et la deuxième ! Après cet aperçu de la vie locale, nous repartons skis au pied, en partageant tous les savoirs et anecdotes glanées lors de ce Névache express. La vallée de la Clarée avec un soleil rasant est beaucoup plus accueillante que la crête du dentiste. La montée est efficace jusqu'au refuge du Chardonnet qui nous régale au dîner avec un riz thaï aux légumes d’exception.
🎨Le samedi, le beau temps revient. Nous pouvons explorer le vallon jusqu'au col du Chardonnet dans une ambiance féérique. Le plaisir unique et magique de faire sa trace et d'ouvrir un pan entier de montagne non fréquenté depuis plusieurs jours. La neige est damée pas à pas, les lignes, les S, les zig-zags sont dessinés au gré de l'envie de l'artiste Lagopède. Les relais sont pris jusqu'au col. Derrière nous, au loin, deux autres groupes avec guide rentabilisent notre effort collectif en suivant notre trace. La première descente offre une poudre douce et rebondissante. Arrivés en bas de la pente, on n’a qu’une envie, c’est repartir. C'est quand même l'heure de la pause pique-nique en bord de lac.
☃️Pendant que certains se remplissent l'estomac, l’encadrante décaisse 3 m3 de neige. Bon, il n'y a pas d'âge pour jouer dans la neige… mais le prétexte officiel est pédagogique. L'idée est d'aller voir concrètement Celui-dont-on-a-peur-quand-il-est-caché, le doyen de la famille des grains anguleux, l’irréductible gobelet, le ^. Le responsable des fameuses « sous-couches fragiles persistantes », présentes depuis le début de l’hiver. Une fois le ravito terminé, la belle coupe de neige est prête pour l'observation ! Alors, pour les tests rigoureux, réalisés grâce à des scies adéquates, les super vidéos des nivologues professionnels sont parfaites. Mais avec cette coupe de neige non conventionnelle jusqu'au sol, le phénomène d'effondrement des sous-couches fragiles est bien observable. Le mille-feuilles du manteau neigeux est flagrant, avec une sous-couche fragile vers 80 cm et une au sol bien épaisse. Cela permet de concrétiser la prose des bulletins d'estimation de risque d’avalanche.
🦘Après cette expérimentation, nous repeautons pour profiter de la belle poudre dans des pentes faibles. Et travailler le rebond dans ce gros matelas. Les Lagopèdes sont consciencieux, il y a de l’engagement, l'envie de progresser et de moins se cramer les muscles. Resserrer les pieds, oser aller face à la pente et faire un ressort avec les jambes. Les premières sensations de la magie de la peuf apparaissent. Revenus au refuge plus tôt que la veille, les jeux de nivologie sont de sortie : celui de l'Anena sur les situations avalancheuses typiques et celui maison des 4 familles de neige. Avec les arrosages de neige successifs et les tempêtes, tout a été observé sur le terrain sauf la neige humide. Mais ça, c'était sans compter le dimanche.
⛷️Pour ce dernier jour, nous optons pour un retour maison par le col de Buffère. Les skis sont chaussés en mode descente et les derniers moments de poudre sont savourés, en slalomant dans les mélèzes pour rejoindre la Clarée. Après un peu de ski de fond, un super chemin tout tracé en forêt scintillante nous hisse au refuge de Buffère. Le col est atteint après négociation des micro-reliefs dans un jour un peu blanc. Et là, versant sud, c'est la descente de l'extrême : une belle neige très croutée, niveau expert. Très piégeuse, les skis sont prisonniers en virage et donnent du fil à retordre aux Lagopèdes. Le village du Mônetier-les-Bains, bien visible en dessous dans la vallée, paraît bien loin ! Beaucoup d’efforts physiques et mentaux sont déployés pour plier cette pente. Tout est essayé, des sauts, des roulades artistiques, grimper aux arbres… tout est bon pour descendre ce versant. Une pause pique-nique recharge les batteries. La neige devient plus sympathique, presque une neige de printemps, parfaite pour le slalom dans la végétation qui se densifie. L'arrêt de bus du Freyssinet est finalement atteint, 6 minutes avant le dernier bus du dimanche. Large !
Pendant ces 5 jours, les Lagopèdes auront déployé une belle capacité de rebond, dans la poudre et dans les plans alternatifs. Prometteur pour le prochain raid…

Le trainski

Témoin placide

En chemin vers la lumière, devant le Pic de la Moulinière

Sans les mains

Redescente en vallée pour le grand tour panoramique

Les Lagopèdes, une espèce menacée

La vallée de la Clarée, très accueillante

La montée des S

Tracer sa route

Les Ecrins ne sont pas loin

Coupe de neige

Transition à l'arrêt de bus




