Les Lagopèdes quittent le nid, entre Buffes, Cruq et Aiguilles
📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « Cycle Evolution Lagopèdes Alpins - WE03 : Grandes Rousses/Arves »
Début mars, l'anticyclone fait son apparition, c'est parti pour le dernier week-end de 5 jours du cycle Lagopèdes. Le départ de Lyon est rodé, nous retrouvons notre train pour Grenoble. En arrivant sur le quai, skis en antenne sur le sac à dos, le conducteur de train, curieux, sort la tête de sa cabine et nous interroge sur notre projet. Le conducteur est donc briefé. Il nous mène à l'heure à Grenoble, par le bon itinéraire, sans prise de risque. Après le ravito, nous grimpons dans le bus et retrouvons le chauffeur de la dernière fois, toujours aussi serviable et exigeant en matière de sécurité (il vérifie les ceintures une à une avant de partir). Mais cette fois-ci, nous descendons avant le col du Lautaret, à La Grave. Après la traversée du village par ses petites ruelles (non sans piège suite à un enneigement abondant), nous pouvons chausser les skis dès le début, destination refuge du Pic du Mas de La Grave. Le départ d’un beau périple de 5 jours, avec de grandes boucles et du tricotage entre buffes, cruq et aiguilles.
Point zigzag
🪢Nous aurions pu choisir la route directe mais les conditions étant idéales, l'option "visite du coin" par la crête de la Petite Buffe est retenue. Différents versants sont testés : plein ouest, mmm bien stabilisé, neige un peu décaillée, plein sud, mou ce qu'il faut, bonne cohésion, plein est à 17h, ça regèle déjà... descente côté ouest, neige un peu dure… hou contrepente nord, pow pow pow, poudre ! 10 virages qui changent toute la perception de la descente. Il ne reste plus qu’à traverser le ruisseau et remonter 10 mètres qui en paraissent 100 pour certains (il y en avait 30 en vrai...). Arrivée 18h30 au refuge, pile à temps pour le repas…
Point de chausson
💉Le deuxième jour, forts des connaissances engrangées la veille sur la neige locale, et ravitaillés par une croziflette poireaux champignons, double, voire triple ration, nous partons pour le pic éponyme du refuge. Grand beau, neige stable, pas de vent, que rêver de mieux ! Un voile saharien empêche de bien voir les lointains, mais bon, le Mont Blanc au fond n'est pas le plus grand intérêt du lieu. La Meije à côté reste majestueuse et surtout les Aiguilles d'Arves, la Pointe Salvador, les Aiguilles de la Saussaz et l'Aiguille du Goléon nous présentent leur meilleur profil : 7 aiguilles à la suite…
🩴Arrivés sur la crête terminale du Pic du Mas de la Grave, enneigée comme il faut, les crampons nous amènent au sommet. S'ensuit une descente vers un joli voyage : belle combe en neige froide côté est, petite remontée au chalet de l'Infernet (tous les modes sont permis pour ces 50 mètres : avec peau, sans peau, ski au pieds, skis sur sac...). Puis redescente printanière à la croisée de 3 ruisseaux avec petite incertitude sur le caractère canyoning du passage : la carte indique de beaux goulets... Finalement, le point triple est bien rempli de neige, il se passe sans même s'en apercevoir. Une dernière remontée permet de se hisser sur la crête de la Buffe et d'arriver en plongeant au-dessus du refuge du Pic du Mas de la Grave par une belle moquette douce et accueillante, tel un retour à la maison.
Point droit
⛷️Troisième jour du raid, c'est le grand voyage, destination refuge du Goléon. Nous retrouvons la crête de la Buffe en la remontant dans sa totalité. Cette fois-ci, nous y croisons des lagopèdes alpins autochtones. En négociant les corniches, le groupe bascule dans la combe de Martignare jusqu'au franchissement de la rivière principale. Puis, la rencontre de multiples affluents rend l'itinéraire plein de surprises et d'interrogations : où s'arrête la descente et où commence la montée, et où se pose le pique-nique. L'après-midi, c'est l’ascension au Pasquier du Roi avec le vent qui nous (ac)cueille royalement. La trace fait moins débat, il s’agit plutôt d'un moment d'introspection intérieure. S'ensuit une descente franchement croutée. Certains découvrent le ski survie : aller tout droit et éviter les virages en remontant sur les côtés du vallon pour ne pas prendre trop de vitesse.
☕Dernier repeautage, les forces restantes sont rassemblées pour franchir l’ultime ressaut, le Cruq des Aiguilles. Certains se délestent de la quincaillerie pesante au profit de futur ultratraileur en entraînement (ils filent leurs crampons aux copains en forme). Et un autre se rend compte dans la montée qu’il s’est involontairement délesté d’un saucisson, sa réserve du raid. Sa tristesse est immense et le deuil prendra plusieurs jours. Le refuge du Goléon est gagné pour le goûter, l'occasion de se régaler d’un « chocolat gourmand », bien mérité. Le soir, le gratin de légumes aux ravioles passe tout seul et le plat de rab est plié en 2/2. Le grand voyage, ça creuse.
De fil en aiguille
🧶Quatrième jour, une fois n'est pas coutume, destination Aiguille éponyme du refuge. La neige est bien stabilisée, il fait grand beau. La seule inconnue du jour est le vent qui pourrait compromettre la balade prévue en crête. Nous partons dans l'esthétique grand vallon, après une traversée du lac du Goléon. La douceur est là, le vent inexistant, la progression est facile sur l'itinéraire évident. C’est l’occasion parfaite pour proposer sur le chemin… un débrief individuel de fin de cycle (et oui, c'est l'avant dernier jour). Les échanges entre encadrants et chaque Lagopède nous mènent au pique-nique (sans saucisson pour le carnivore, paix à son âme), au pied du glacier Lombard.
🐐Avec à une vue d’ensemble sur la suite de l’itinéraire, la voie directe pour atteindre la crête est choisie. La neige est bien travaillée par le vent, les couteaux sont appréciés. Le col est gravi et offre une vue déjà pas mal du tout. Les skis sont déposés, les crampons attachés et le piolet libéré. L'Aiguille du Goléon ne parait pas si loin, mais comme attendu, la crête est une belle section. La progression se fait en arrête mixte, avec de la neige qui accroche, quelques petits passages rocheux faciles et quelques passages aériens sur le fil. Et là, nous rencontrons un humain d'ascendance chamois qui sautille de cailloux en cailloux. On n'a pas tous la même perception du vide. Il nous double et devient notre photographe officiel en réalisant des portraits des Lagopèdes en progression. Il pique-nique au sommet pour nous attendre et faire une photo de groupe. Puis il repart comme il est venu, bondissant sur ses crampons. Nous revenons prudemment à nos skis, en prenant le temps qu'il faut pour se sécuriser et profiter de l’expérience.
⛏️Au col, certains, dopés par leur entretien annuel, osent prendre la casquette de leader Lagopède dans une pente d’une skiabilité douteuse. Un super ski feuille permet de passer en sécu et en confiance. Une fois la pente piégeuse descendue, le glacier nous offre une immensité régulière où les grandes courbes sont les bienvenues. Le ruisseau qui alimente le lac du Goléon est rejoint et la sonde est sortie : le sol n'est pas touché, plus de 2 mètres 40 de neige. Ok l'endroit est propice à l’exercice d'ampleur de fin de cycle : 2 groupes de 3 préparent les festivités pour l'autre groupe. De nombreux sacs avec DVA sont enfouis à plus d'un mètre. Un Lagopède, grisé par le pelletage, crée une véritable grotte souterraine pour famille nombreuse... le sac sera caché à 1 mètre 40.
⛑️Les exercices commencent. Le premier groupe gère 3 DVA enterrés et une personne en surface perturbée, très perturbée : hurlements… hémorragie, perte de connaissance, perte de respiration… hurlements... Le deuxième groupe gère 4 DVA dissimulés dont celui à plus d'1 mètre 40 et une personne très confuse. Après ces 7 sacs et 2 acteurs secourus, il est temps de traverser le lac et de rejoindre le refuge avec le ciel rosissant derrière la Meije. Arrivée à 18h30, 15 min avant le repas. Une journée bien optimisée.
Point de surfil
🧭Pour le cinquième et dernier jour, il aurait été possible de traverser en Maurienne, moyennant un passage un peu engagé par le col du Goléon. Mais finalement, après l'aiguille du Goléon et le pelletage d'ampleur en neige dense de la veille, le retour par le côté sud est assez séduisant. Après une petite pratique de la boussole et des jalons, nous grimpons au-dessus de la Roche du Vallon. En compagnie d'un lièvre variable, nous explorons une petite crête facile, hyper panoramique pour rejoindre le passage du col du Loup. Nous sommes un peu trop tôt pour la neige moquette (pas encore mise en rayon) mais on a un bus à prendre... Après un pique-nique à l'abri du vent face à la Meije, nous croisons l’itinéraire du troisième jour. Et là, le saucisson perdu est retrouvé, bien conservé. Comme quoi, on peut trouver un saucisson caché dans une botte de neige.
🛝La neige devient alors transfo sympa, les jambes des Lagopèdes disent merci. Le col de Pare à côté de l'Aiguillon est remonté pour basculer côte Villard-d'Arêne, promesse d'arrêt de bus accessible en ski... Alors, au prix de deux traversées de combes en balcon, quelques pas remontant, un super slalom sur les plaques de neige restantes entre des zones bien herbeuses ou caillouteuses, quelques doutes (ça ne passe plus là ! ah si si, là, à droite quelque centimètres de blanc sont là ! youhou ! à nouveau tout blanc...), quelques sauts et plongeons maîtrisés, le panneau routier d'entrée de Villard-d'Arêne est touché à ski. L'arrêt de bus est rejoint et le trajet de retour familier entamé. Les Lagopèdes retrouvent Lyon en totale autonomie, après avoir définitivement quitté le nid (et s'être séparés des deux encadrants en route vers d'autres projets montagne).
🪽Les Lagopèdes Alpins 2026 : Alexia, Alexis, Audrey, Louise, Mathieu et Thibault (photographe) et les encadrant.e.s, Félix et Ludivine

Départ des 5 jours de raid, vérification des DVA

Buffes en série

LE virage en poudre vespéral

Pause sépia devant les Aiguilles d'Arves, Saussaz et Goléon et la Pointe Salvador

Recherche d'itinéraire depuis le Pic du Mas de la Grave

Echange sur la trace du grand voyage

Départ pour l'Aiguille du Goléon, face à la Pointe Salvador et les Aiguilles d'Arves

Débriefing individuel de fin de cycle

Passage en crête

Les Lagopèdes Alpins au sommet

Les aiguilles vues de haut : Saussaz orientale et Arves méridionale

Un beau décaissement

Dernier lever de soleil sur la Meije

Le retour, dernier ressaut

L'arrivée !




