CHAMONIX – ZERMATT La Haute Route intégrale
📋 Ceci est un compte-rendu de la sortie « RAID Chamonix Zermatt »
L'essence du raid alpin - à l'énergie humaine !
Youpi, Yallah, Wunderbar, Meraviglioso ! Cinq Cafistes, 1 Co-Encadrant, 2 Encadrants en feu, sept jours, plus de cent kilomètres de glaciers, cols, refuges et séracs entre Chamonix et Zermatt. Voici le récit d'une semaine passée à l'état pur - à skis, sous le soleil, parfois sous les nuages, toujours ensemble.
Naissance d'une cordée
Tout a commencé bien avant le départ, lors de deux week-ends de préparation aux Refuges des Évettes et (la Selle de) l'Albaron qui se défend encore et toujours contre l’envahisseur Cafiste. Deux sorties destinées à se jauger, tester le matériel, apprendre à se connaître - et à découvrir qui, dans le groupe, aura l'audace de partir avec un litre d'eau pour une journée en haute montagne (spoiler : ça ne se fait qu'une fois).

La Traversée dite Héroïque - le nom n'est pas usurpé - nous a offert notre baptême du crampon et du piolet. Nous ne sommes pas sortis de là en héros, mais en équipe. C'est nettement plus utile.
Vendredi 24 avril — Le Grand Départ
C'est le grand jour. Direction Chamonix, Mecque de l'alpinisme, et montée en télécabine jusqu'à l'Aiguille des Grands Montets. Sur le parking, les sacs sont défaits, refaits, allégés, re-allégés. Chaque gramme est pesé, soupesé, soumis à débat philosophique. La question de la gourde - emporter un litre ou deux ? - donnera lieu à des opinions tranchées et des regrets cuisants dans les jours suivants.
J1 — Argentière → Refuge de l'Envers des Dorées | 10 km · 1 200 m D+
Le paysage est stupéfiant dès les premiers coups de bâton : un désert blanc aveuglant, un soleil qui cogne, et le Mont Blanc qui veille sur la caravane. Devant nous, le Col du Chardonnet et son rappel de 60 mètres - premier frisson de la semaine, premier vrai test de cohésion.
L'attente au col, inévitable en haute saison, permet d'admirer les encordés qui se succèdent dans la pente et un rocher fragile, avant la descente en rappel, crampons aux pieds, vers le refuge non gardé. C'est ici qu'un premier équipier, victime d'un réveil trop matinal, d'un sac trop chargé et d'une chaleur trop généreuse, se retrouvera à boire l'eau de fonte goulûment. On ne juge pas. On comprend. On retiendra la leçon.
La nuit au bivouac est longue pour certains, courte pour d'autres - selon que l'on a trouvé le bon arrangement avec son voisin et ses boules Quies ®, son mal de crâne, sa crampe nocturne, ses premiers doutes ou rêves enneigés et les toilettes si loin dans la nuit….
J2 — Envers des Dorées → La Fouly | 10 km · 900 m D+
Une seule question flotte dans les esprits au départ du matin : 

"Est-ce que ce sera la Folie ?" Le Col de la Grand Lui se mérite : montée en crampons, passage sécurisé par nos encadrants avec corde fixe et micro traction. C'est là que l'on comprend enfin pourquoi Jean-Luc insistait tant sur la longe double. Celui qui ne l'a pas - et qui se retrouve à jongler avec une longe simple et une sangle, encore légèrement anémié de la veille - retiendra lui aussi la leçon.
Coup de théâtre au col : l'autre versant est à sec. Il faudra désescalader au lieu de skier. Skis sur le sac, sourires en coin, et c'est parti pour une descente magique vers La Fouly sur une neige en tous genres - moquette, trafolle, soupe printanière. Du vrai ski de rando, sans fard.
L'Auberge des Glaciers nous attend en bas avec tout le luxe dont rêve un randonneur : douche, bière pression, supermarché, lit douillet. Le groupe s'y requinque comme il peut. Malheureusement, la première journée aura laissé des traces : deux participants et pas des moindres, épuisés et diminués, décident de rentrer. Aïe. La montagne choisit ses hôtes.
J3 — La Fouly → Hospice du Grand-Saint-Bernard | 11 km · 1 200 m D+
Après une heure de marche d'approche, la neige reprend ses droits et les skis reprennent les pieds. L'itinéraire passe par le lac et la Fenêtre d'en Haut. Question stratégique : traverser le lac gelé ou le contourner ?
Le groupe opte sagement pour le contournement. Mathis, lui, décide de traverser. Le lac tient. On continue.
Une incursion en territoire italien - "Gian-Luca retrouve ses racines !" - et une superbe descente plus tard, nous voilà face au tunnel du Grand-Saint-Bernard, recouvert de neige. Quelques minutes de fraîcheur bienvenue à l'abri du soleil qui nous assomme, en compagnie des choucas qui y ont élu domicile, et c'est l'arrivée à l'Hospice.
L'Hospice du Grand-Saint-Bernard - une halte hors du temps
Fondé au XIe siècle par saint Bernard de Menthon, l'Hospice du Grand-Saint-Bernard est l'un des plus anciens lieux d'accueil de voyageurs en Europe. Perché à 2 469 m d'altitude, il accueille encore aujourd'hui pèlerins, randonneurs et skieurs de randonnée. Le musée retrace l'histoire du col et de son célèbre chenil. Le chien qui a sauvé le plus grand nombre de voyageurs égarés s'appelait Barry - et c'est lui qui a donné son nom au Barryvox, le DVA de référence que tout bon Cafiste porte sur lui. Une filiation qui force le respect. |
Dans ce lieu chargé d'histoire, quelque chose se dépose. Un calme inhabituel s'installe. Le groupe visite le musée, révise ses nœuds (cabestan, demi-cabestan, pêcheur double) joue aux cartes, et s'accorde même un temps de méditation dans la crypte de l'église. À 2 469 mètres d'altitude, entre deux montées de col, c'est peut-être la définition du luxe véritable.
J4 — Grand-Saint-Bernard → Refuge de Valsorey | 14 km · 2 000 m D+
C’est parti pour la journée dont les chiffres éveillent toutes les craintes. Pourtant Mathis nous l’a répété. Inutile de se focaliser sur les chiffres, nous avons la journée. Descente matinale vers la vallée, puis remontée - skis sur le sac - à travers les moraines avant le passage de deux cols. Le Refuge de Valsorey est de la vieille école : tout y est acheminé par hélicoptère, y compris les bouteilles d'eau (à dix euros pièce !). C'est cher. C'est charmant. On y est très bien reçus. 
J5 — Valsorey → Refuge de Chanrion | 15 km · 1 000 m D+
La journée commence par une montée directe en crampons et piolets dans du raid. Quelques peaux de phoque commencent à montrer des signes de fatigue, d’autres à botter. Nous comprenons enfin l’intérêt du Fart, Serflex, Scotch et Kit de Patch autocollant Colltex préconisés dans les cycles Perf. Puis nous basculons sur une magnifique descente vers Chanrion.. Et là - surprise, bonheur, incrédulité - un refuge tout neuf, digne d’un cinq étoiles nous attend, Le groupe se regarde avec des yeux brillants et en profitera pour goûter un divin Rösti complet, dévorer les BD en libre-service, et recharger les batteries. La météo, jusque-là magnanime, commence à montrer les dents. Nous arrivons pile au début d’une pluie qui se transformera en gros brouillard. Le gardien nous conseille de décaler le départ du lendemain. Message reçu, grasse matinée acceptée, body battery, montres et smartphones rechargés.


J6 — Chanrion → Refuge des Vignettes via la Pigne d'Arolla | 13 km · 1 150 m D+
Sept heures du matin. Surprise : il fait presque beau. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages, et le groupe décide de maintenir l'itinéraire initial par le Glacier de la Serpentine. En tête, la Pigne d'Arolla (3 796 m), plus haut sommet du raid.
La remontée de cette vallée sauvage, seuls au monde, longeant une rivière glaciaire jusqu'aux séracs, est l'un des grands moments de la semaine. Ces géants de glace silencieux vous surveillent d'un regard indifférent. On applique les consignes, on maintient l'allure, et on garde un œil oblique sur ces masses qui pourraient, si l’envie les prenait, décider de bouger.
Un souvenir gravé dans la montagne
Entre Chanrion et les Vignettes, une plaque commémorative rappelle la disparition de plusieurs alpinistes qui, par mauvais temps, n'ont pas retrouvé l'accès au refuge des Vignettes. Une mise en perspective saisissante, alors que nos encadrants déploient carte et GPS pour nous guider sur ce terrain complexe, entouré de barres rocheuses et de couloirs vertigineux. |
Mathis, amoureux déclaré du Grand Combin, aura eu le loisir de le contempler sous toutes ses faces depuis deux jours. Une fidélité qui force l'admiration.
Depuis le sommet, la vue est à couper le souffle — et la météo, elle, commence à souffler pour de bon. Descente rapide vers les Vignettes, ce refuge littéralement accroché à la falaise. On y observe, depuis les fenêtres, les glaciers suspendus et l'orage s'abattre sur les crêtes. Dehors, c'est spectaculaire. Dedans, c'est chaud.
J7 — Refuge des Vignettes → Zermatt | 30 km · 1 200 m D+ · ~10 h
Le dernier jour. On n'en revient pas d'être déjà là. Trente kilomètres, dix heures d'efforts, trois cols. On ne tergiverse pas.
Le Col du Mont Brûlé s'impose comme le morceau de bravoure final : montée raide, directe, en crampons et piolet, les yeux dans les semelles de ceux qui précèdent. La neige est en bonne condition — ce qui, en conditions gelées, aurait fait basculer le curseur du défi vers celui de l'aventure réelle. La montagne nous aura, jusqu'au bout, accordé sa clémence.
Et puis, après une ultime descente entre les 4 000 m qui bordent l'itinéraire comme une haie d'honneur, Zermatt apparaît. Le Cervin, impassible, observe l'arrivée de la caravane. Six personnes, sept jours, une cordée. Ce sera l’occasion également d’observer l’effet du climat. 2400m d’altitude, plus de neige, les glaciers se transforment en moraine débonnaire, et en pierrier. L’arrivé à Zermatt à ski ce ne sera pas pour cette fois. On va terminer le raid comme nous l’avons commencé, ski sur le sac sous un soleil de plomb. Après quelques heures de marches, et un changement d’itinéraire via le GR pour éviter la route, nous débouchons sur un morceau de piste de ski où la neige des canons tient. Nous tenons notre arrivée à Zermatt à Ski !! 

La Haute Route, en guise d'épilogue
La Haute Route n'est pas un itinéraire. C'est une expérience d'une autre nature — celle où chaque col gagné est une promesse tenue, où chaque refuge devient un foyer provisoire, et où le groupe se révèle, heure après heure, plus solide que chacun de ses membres pris séparément. Si vous cherchez une bonne raison de préparer vos skis l'hiver prochain, vous venez de la trouver.
L'itinéraire choisi en bref (il existe de multiples itinéraires) J1 · Argentière (Grands Montets) → Refuge de l'Envers des Dorées via Col du Chardonnet 10 km · 1 200 m D+ J2 · Envers des Dorées → La Fouly via Col du Grand Lui 10 km · 900 m D+ J3 · La Fouly → Hospice du Grand-Saint-Bernard 11 km · 1 200 m D+ J4 · Grand-Saint-Bernard → Refuge de Valsorey 14 km · 2 000 m D+ J5 · Valsorey → Refuge de Chanrion 15 km · 1 000 m D+ J6 · Chanrion → Refuge des Vignettes via Pigne d'Arolla (3 796 m) 13 km · 1 150 m D+ J7 · Vignettes → Zermatt via Col du Mont Brûlé 30 km · 1 200 m D+ · ~10 h
Niveau : Ski de randonnée confirmé · Encadrement Niveau Glacier CAF requis Période : Fin avril – début mai |








